Mascot, où le design reste en surface
17:30
01/01/2026
Revue et critique du livre Mascot de Counter Print. Présentant différents projets de mascottes, ce livre nous permet aussi de questionner la pertinence des objets culturels liés au design.
Quel est la dernière mascotte qui vous a marqué ?
C’est un sujet de design que je trouve particulièrement passionnant. Le niveau de détails que l’on peut y incorporer, les réflexions et idées que ces petits personnages encapsulent sont un très bon exemple de la qualité de conception des designers. C’est en premier lieu le jeu Cuphead du studio MDHR qui m’a amené vers l’univers des mascottes par le biais de l’esthétique rubber hose (style d’animation américain plutôt populaire dans les années 1930). À force de concevoir moi-même de petits personnages/mascottes, je me suis intéressé de plus en plus à leurs conceptions ; c’est ici que j’ai découvert le livre Mascot traitant justement du design de mascottes dans le design contemporain.
J'ai découvert Counter Print, les éditeurs du livre Mascot, dans une librairie à Montpellier lors de mes premières années post-bac, avec leur série de livres référençant des oeuvres et des designs de diverses parties du monde, dans mon cas, Africa.
Le livre se présente donc comme un recueil de mascottes dans lequel vous trouverez un court texte accompagnant plusieurs images du style de mise en contexte du design. Le tout entrecoupé de quelques interviews de designer graphique ; l’ensemble étant divisé en trois grandes parties people, food & drink et animals.
Extraits du livre Mascot, tiré du site de Counter Print
Ce livre de plutôt bonne facture contient un nombre de pages assez conséquent, et couplé à la faible quantité de textes, Mascot reste largement abordable autant sur ce point que sur la complexité des informations liées au design ; nous y reviendrons.
Bien que je ne sois pas expert de l’impression, je trouve que ce livre est une plutôt belle édition - sans pour autant être qualifié de beau livre -, le papier texturé est agréable et permet bien aux couleurs de s’exprimer. La mise en page est plutôt joueuse, peu conventionnelle sans pour autant paraître éparpillée ou incongrue, elle laisse place aux images et à la déferlante de couleurs que les différents projets proposent. La créativité des mascottes abordées est aussi intéressante, avec des objectifs différents pour chaque projet permettant de couvrir une assez large gamme d’idées. Cependant nous pouvons remarquer le manque de diversité dans les origines des projets, principalement anglophone, hispanique/hispanophone ainsi que certains pays asiatiques. Notons tout de même une apparition helvétique avec le projet Loi, un bar végétarien. La question que je me pose sur le manque de représentation de certaines parties du globe est à propos de la corrélation et la relation des peuples avec les mascottes. L’ancrage culturel des mascottes peut être une des explications, ou du moins une des pistes, qui pourrait nous permettre de comprendre ce phénomène. Ultimement, je cherche à comprendre si les projets sélectionnés sont ainsi par simple “favoritisme” ; ou dû au fait que la culture de certains pays vis-à-vis des mascottes est plus forte et donc logiquement plus représentée.
Les présentations des mascottes sont entrecoupées de quelques interviews plutôt succinctes où les designers ont l’occasion de parler de processus de création. Les questions restent cependant assez génériques et souvent identiques entre les interviews ; les personnes interrogées rattrapent cependant bien le tout avec des réponses intéressantes, je trouve notable l’entretien avec Linda Jukic (qualité questions/réponses).
Comme énoncé précédemment, les différents paragraphes d’introduction aux mascottes sont assez peu explicatifs sur le processus de création ; ils semblent relever bien plus du domaine du marketing -ou en tout cas il semble s’y apparenter-. Et c’est ici que nous touchons une des faiblesses du livre Mascot.
Cela se trahit au travers des différentes pages de mes projets, j'accorde une assez grande importance à la justification et la réflexion autour d'un projet de design ; au moins autant qu'à l'aspect esthétique et la singularité globale. Mascot présente plein de super idées, mais je trouve qu'il manque l'aspect réflexion du design. Notamment visible avec les - trop - courtes introductions des différentes mascottes ; en fait nous ne connaissons que peu les raisons et raisonnements de design derrière ces projets. Comme j’ai pu le dire en amont, les interviews, bien que répondant à des questions similaires, permettent bien plus de s’instruire sur les choix design que les textes d’introductions. Comprendre la manière de faire et les procédés d’un designer est très “nourricier” et sain pour cultiver sa vision. Dans ce livre, tout cela manque de contexte par moment, de réflexions concrètes vis-à-vis d’un projet. Ce n’est cependant pas le seul produit culturel centré autour du design qui semble si peu attaché à la rhétorique du designer.
Si je peux emprunter un terme à nos amis anglophones, j'ai l'impression que le design qui se présente sous forme de produit culturel parlant du design a tendance à être trop "casual" (que l’on peut retrouver dans le casual wear, le casual gamer…). Ce terme de casual pourrait se rapporter à un aspect de l’amateur et de l’amateurisme, désignant une personne ou une posture non-experte et ne cherchant pas forcément à le devenir (Est-ce par manque d’ambition ? Une simple non-envie ? Ou le manque de ressources pertinentes pour évoluer ?)
Il y a des raisons derrière nos créations, surtout dans le design. Nous parlons souvent plus des raisons des choix de design des "dark patterns" dans une interface (dark patterns désigne des interfaces “volontairement mal conçues” pour tromper ou induire en erreur/faire des choix non voulus, si nous devons résumer très rapidement cela) que des bons choix de design et de pourquoi ces derniers sont ainsi et qu'est-ce qui les rend si bien. Quand nous voyons un bon design, agréable et humain, il faut au moins le comprendre et si possible, chercher à embrasser ce qui fait d’un projet un beau projet. Je trouve cela dommage que Mascot ne s’essaie pas à plus introduire de réflexions dans un ivre pourtant bien conçu.
Cette casualisation des différents objets culturels traitant du design, cette tendance à rester en surface, ce n’est pas uniquement le cas des livres. Nous pouvons retrouver certaines vidéos disponibles sur Internet abordant le design et ayant souvent tendance à se retrouver du côté du divertissement et assez peu de la réflexion poussée. Pour rester dans les anglicismes, nous nous retrouvons presque (volontairement ou involontairement) avec une sorte de “gatekeeping”, le fait de restreindre l’accès à une information technique ou issue d’une expertise pour X ou Y raisons.
Ce n’est cependant pas une fatalité, j’ai beau être un poil râleur dans cet article, je peux très bien vous conseiller certains objets culturels de design - ici des livres - mariant parfaitement le visuel et l’explication design, le tout en gardant un ensemble plaisant à lire et avec un mélange subtil entre abordable et techniques.
Les images proviennent des sites des éditeurs
Dans la catégorie couleurs, La palette parfaite pour le graphisme et l’illustration est un livre assez petit en taille, mais avec une grande quantité d’informations et d’explications. Il se concentre sur la symbolique des couleurs, dans un contexte occidental et étranger. Présentant des exemples de palettes de couleurs, de combinaisons, le tout appuyé par des projets réels.
Je vous recommanderais ensuite deux artbooks de jeux-vidéos ; le premier, The art of Cuphead est une sélection parmi la totalité des dessins utilisés pour concevoir les animations du jeu Cuphead. Bien plus orienté character design, le livre présente un bon équilibre entre quantité de texte (pourtant assez verbeux) avec des exemples de dessins, de chara design et même d’animations au complet.
Enfin l’artbook retraçant l’ensemble de la création de Breat of the Wild ; The Legend of Zelda Breah of the Wild : la création d’un prodige. Assez conséquent et très intéressant avec beaucoup d’aperçus sur différents aspects de la conception, à ce jour, je le considère comme l’un des meilleurs livres liés au design que j’ai pu lire. Il ne se concentre pas que sur l’esthétique singulière du jeu, mais aussi toutes les petites astuces et techniques pour construire le monde. Au-delà de la simple conception, il donne l’occasion de comprendre l’envers du décor de la réalisation technique.
Au final Mascot se retrouve à être une super banque de références, malheureusement à peine assez détaillé dans sa manière d’aborder le design et la conception. Les interviews avec les designers sont une bonne idée qui vient relever l’ensemble, ce qui permet de se placer un peu plus dans l’état d’esprit de ce dernier lors de la conception de mascottes. C’est donc un livre plutôt agréable et assez joli, mettant bien en avant l’aspect visuel des créations, son prix reste cependant un peu élevé, surtout si vous devez compter l’import et la douane (et oui, Counter Print est britannique).
Mascot nous permet aussi de questionner le rapport des biens de consommation culturel lié au design avec leurs tendances à rester en surface ou simplement être divertissant plus qu’instructif - bien que je suis persuadé que les deux ne sont pas incompatibles -.
Merci pour votre lecture, bonsoir.